Être ou ne pas être vieux et vieille: nous et les autres.
Ma mère avait peut-être raison après tout: c' est le regard, surtout la manière d' agir des "autres" qui nous fait sentir peu à peu vieux ou vieille. Cela, elle l'affirmait haut et fort à qui voulait l' entendre, déjà à l' aube de ses 50 ans, et ça avait le don de susciter de vives protestations du genre: "ben non Lily, c' est juste dans ton imagination voyons!" ou: "C' est impossible, t' as tellement l' air jeune!" Pas convaincue du tout, la mom en remettait, donnant des exemples récents de messages subliminaux sans pour autant être subtils:
- Coudonc toi, quand est-ce que tu vas finir par la prendre ta retraite? Bah, c' est sûr que t'as encore l' air jeune, ça presse pas!...
(ouais ouais...)
- Pauvre toi, t' as l' air tellement fatiguée ces temps-ci! Pas facile de vieillir hein?
(rire sympathique!)
- Mais oui, on a besoin de bénévoles pour l' organisation du festival; tu pourrais répondre au téléphone?
(c' est une question?...)
Pour une rare fois, je donne raison à ma mère, ayant quelquefois expérimenté ce genre de remarques ou pire, certains changements d' attitude, chez des collègues plus jeunes par exemple. Comment dire...Les petits sourires amicaux qui se substituent aux franches prises de position ou oppositions, quand ce n' est pas une ignorance suprême de tout ce que vous pouvez exprimer comme opinion; une espèce de sympathie soudaine, inclusivement de personnes qui jusqu' alors vous étaient plutôt hostiles, le "vous" qui s'installe progressivement...
Susceptibilité ou pas, ces petites phrases ou changements d' attitude ont un effet coup-de-poing, alors qu' on se sent en pleine possession de nos moyens autant intellectuels que physiques- l'activité physique, ça existe bel et bien pour les quinquagénaires+, et comment! Susceptibilité que d' aucuns qualifient de paranoia conséquente au refus de l' âgisme, mais que je ne suis pas la seule à réfuter- lire si cela vous intéresse le texte qui suit, écrit pour le Devoir par Jean Carette, docteur en sociologie, retraité de l' Université de Montréal. Il date de 4 ans, mais que celui qui pense que les choses ont changé se lèvent!
http://www.ledevoir.com/2004/03/08/49235.html
En voici un extrait, ou avant-goût:
De la différence instituée et sans cesse exacerbée entre les personnes âgées et les personnes non âgées à la discrimination âgiste, le glissement est aussi néfaste qu'inévitable. Tant que nous ne verrons dans les aînés que des objets de stratégies, des clientèles de programmes, des cibles de marché, des «bébéficiaires» de soins et de services ou des candidats à l'oisiveté durable et à la mort, nous nous priverons collectivement de l'apport de leurs compétences et de leur expérience, des avantages de leur maturité et de leurs multiples formes de sagesse, et même des charmes trop discrets de la liberté rendue à leur âge.
Sur ce, je vous laisse pour aller profiter des nombreux avantages de l' âgisme et la soi-disant "retraite": un interminable petit déjeûner, suivi d' un après-midi de bénévolat auprès d' une classe grouillante et stimulante de jeunes de 6e année. Mais ça, c' est toute une autre histoire! :)
A la prochaine, en espérant que cette neige qui recouvre de nouveau le sol ne s'avère avoir été qu' un mirage!
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