jeudi 3 décembre 2009

Je me souviens: mémoires d'une ex-profe

Il n'arrive malheureusement pas que des situations comiques dans la profession d'enseignante au secondaire. A preuve...

Je remarque depuis un certain temps que N. tarde à sortir de mon cours après le timbre sonore. Soupçonnant qu'elle avait quelque chose à me dire en privé, je lui avais demandé plusieurs fois comment elle allait, ce à quoi elle m'avait toujours répondu "ça va", avant de s'enfuir précipitamment, le visage tout rouge. Pas cette fois...

En plus de traîner de la patte comme d'habitude, N. affiche un regard troublé et une enflure sous les yeux; soit elle n'a pas dormi beaucoup, soit elle a pleuré. Je décide donc d'insister davantage, sentant son désarroi et sa gêne.

-N., tu me réponds si tu veux, mais j'aimerais te poser une ou deux questions. Je m'inquiète pour toi tu sais.

-Ce n'est rien madame. Je vais partir là.

-Tu es sûre de ne rien avoir à me dire? Tu n'aimes peut-être pas mon cours? Ma personnalité un peu exubérante parfois? Ça arrive tu sais et je promets de ne pas le prendre mal.

- Oh non! Au contraire, l'anglais est ma matière forte et je vous apprécie beaucoup. C'est juste que...

Et voilà cette belle grande fille d'à peine 16 ans qui se jette littéralement à mon cou en sanglotant à se fendre l'âme. Elle ne peut que répéter en hoquetant: "je le hais. Je veux le tuer. J'suis pus capable!"

Une fois un peu calmée, N. finit par me confier son lourd secret. Son beau-père a voulu abuser d'elle une fois de plus hier soir, en l'absence de la maman volontairement aveugle; elle s'est débattue et l'a menacé de le dénoncer et de lui faire payer ces années de sévices qui la dégoûtent, de lui, d'elle-même, des garçons...SAUF - mon sang se glace encore au souvenir de ces paroles- s'il jurait de ne jamais recommencer à toucher à un cheveu de ses 2 petites nièces de 5 et 6 ans. Les 2 petites filles de la grande soeur de N. lui avaient raconté "des choses" alors qu'elle les gardait. Elle était immédiatement allée le dire à la grande soeur, qui s'était moquée d'elle et de sa soi-disant "obsession à vouloir détruire la famille", leur mère surtout.

En ma qualité de jeune enseignante "cool" et probablement un peu naive, je tombais des nues. Cette fille brillante qui se tenait devant moi en larmes, que pouvais-je lui dire? Et surtout que pouvais-je faire? Chose certaine, N. avait confiance en moi et je ne devais pas la décevoir. Ce bonhomme-là, cette mère indigne-là, ils ne s'en tireraient pas comme ça!...

(suite et conclusion sur mon prochain billet)

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3 commentaires:

À 3 décembre 2009 18:13:00 HNE , Blogger mamiecolo a dit...

Ouff! Ça ne m'étonne pas qu'une élève portant ce lourd secret se soit confiée à toi. Tu sais te transformer en oreille quand le besoin se fait sentir et ton instinct maternel ne t'a pas trompée. Il paraît que l'attitude des mères qui ferment les yeux sur l'inceste, est plus blessante émotivement que l'abus sexuel. C'est perçu par l'enfant qui en est victime, comme un abandon et de la lâcheté. J'ai hâte de savoir comment tu t'es "dépatouillée" avec ce secret délicat, sans briser le lien de confiance de "N" et comment l'affaire s'est terminée.

 
À 4 décembre 2009 21:15:00 HNE , Anonymous Anonyme a dit...

Marie j'ai vécu le même drame que toi quand j'enseignais. J'ai hâte de voir la suite.....

 
À 4 décembre 2009 21:19:00 HNE , Anonymous Anonyme a dit...

Marie le même drame je l'ai vécu avec une élève quand j'enseignais. J'ai hâte de voir la suite.....

 

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