La Cinquantaine et les gènes de la longévité
Ma mère aura 90 ans demain. Beaucoup lui souhaiteront un heureux anniversaire et la féliciteront pour cet "exploit". Exploit oui, considérant son état! Depuis presque 4 ans, elle est incapable de se déplacer, immobile dans un fauteuil roulant dans lequel elle passe la moitié de la journée au Centre d'hébergement- dans son lit l'autre moitié-, les mains de plus en plus atrophiées, donc incapable de se nourrir elle-même, rendue presque aveugle par des cataractes trop avancées pour être opérables...Bref, complètement dépendante d'autrui, mais avec encore un certain désir de vivre, probablement lié en très grande partie aux visites quotidiennes que nous lui rendons ma soeur et moi en alternance. A celles aussi de son "bébé", Dodo, son petit-fils de 22 ans.
Une infirmière me disait aujourd'hui la chance que nous avions ma soeur et moi d'avoir hérité de tels gènes! Il faut dire que les 4 soeurs de notre mère ont vécu au-delà de 90 ans. Les oncles, ce fut une autre histoire par contre!...Mais le mot "chance", hum...Sans être capable d'agir, de faire, de communiquer avec les autres, peut-on vraiment dire que l'on vit? Lorsque, comme beaucoup de personnes très âgées, on se retrouve prisonnier de son corps et privé de tout contrôle sur ses besoins les plus élémentaires, on ne peut que se contenter d'exister, d'endurer et de perdurer, non? Quelle "chance" alors?...
Contre toute attente, ma mère, qui conduisait encore sa voiture à 85 ans au moment d'être foudroyée par le premier de trois AVC, ne semble pas encore prête à lâcher prise. Elle est consciente de ce qu'est devenue sa vie tout en continuant de ressentir tout ce que peut ressentir un être humain et demande parfois que nous la ramenions chez elle. "Pour avoir une vraie vie" dit-elle. Elle y croit encore. On y croit donc toujours?...
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