dimanche 16 décembre 2007

Accomodements au pays des Bleuets: une anecdote

"Où y' a de l' homme, y' a de l' hommerie", entend-on souvent. Cette vérité de La Palisse avec connotation plus que dépréciative nous rappelle que la nature humaine est plus fragile que l' on veut le croire, sans égard au sexe ou à la classe sociale auxquels on appartient.

Qui d'entre nous peut dire qu' il n' a jamais été tenté par un petit "délit d' hommerie"? Souhaiter à la toute mince voisine de développer un appétit insatiable pour le chocolat...ne pas répondre au téléphone en voyant sur l' afficheur le nom d' une personne familière qui a grand besoin d' écoute... féliciter chaleureusement quelqu' un pour son succès, tout en approuvant ceux qui l' accusent d' être un "téteux"?...

Heureusement, où il y a de l' homme, il y a aussi, plus souvent qu' on ne le croit, de la générosité, de la solidarité, de l' entraide, ou à tout le moins du bon vouloir, même si celui-ci n' est pas toujours exprimé très habilement. Je vous raconte une anecdote toute récente, tirée de mon petit répertoire de faits (souvent cocasses) vécus en lien avec l' intégration des nouveaux arrivants dans ma petite ville.

Un jeune couple très sympathique nous est arrivé de la Moldavie il y a un mois et demi. Se débrouillant à peine en français, imaginez les obstacles qui se présentent devant eux à chaque occasion qu' ils ont de côtoyer des Bleuets, surtout des Bleuets en party!...Justement cette fin de semaine avait lieu un tournoi amical de curling et voyant l' intérêt de notre ami moldave (et non "Moldu", ok Hélène? :)))
pour ce sport hautement social, nous l' avons inscrit dans notre équipe. Le jeune homme a sauté, bien qu' un peu nerveusement, sur cette occasion de connaître des gens et surtout de pratiquer "en contexte" le français tout ce qu' il y a de plus standard qu' il apprend dans ses cours. Eh bien, "l' occasion" a été au rendez-vous et pas à peu près, croyez-moi! Notre Sergiu, qui soit-dit-en-passant a démontré des aptitudes certaines pour le sport,bien qu' il se voit mieux dans l' habit du hockeyeur qu' avec le kit du curleur, (mais ça c' est une autre histoire!), s' est rapidement vu entouré de professeurs tout autant curieux d' en savoir plus sur ce pays méconnu qu' est la Moldavie, que dévoués pour lui enseigner les règles et techniques du curling. Oups! Problème... Le pauvre, avec son vocabulaire "standard" encore très limité, doit tenter de déchiffrer des messages bizarres sortis tout droit du bon coeur des participants, co-équipiers et adversaires confondus. Je ne saurais vous dire si c' est l'émotion qui a pris le dessus sur l'amusement, en observant ce touchant duo, l'aîné du club âgé d' environ 80 ans et notre jeune "initié", le premier prodiguant ses conseils au deuxième, patiemment, avec un débit aussi modéré que possible:

- Tu voué-tu comment c' que la pierre a déboulé vite lâ-lâ? Envoeille-lâ sans trop la fére virer pis guette-lâ tout le long pour qu' à fasse juste s' accoter sus la rouge lâ. C' est le skip qui va crier aux joueurs de brosser si y faut, mais lâ lâ j' t' avertis que des fois y' échappe quequ' sacres! Tu vas t' habituer! (clin d'oeil). Envoueille mon grand! Té capab!

Et l' autre de lui dire "merci" avec un sourire de gratitude sincère. Il n' avait rien compris, sauf l' essentiel: où y' a d' l' homme, y peut y avoir de la grandeur d' âme.

Pour ce qui est des sacres, il apprendra, tôt ou tard!

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