La cinquantaine crie à l' injustice!
Des amis Colombiens sont venus souper à la maison ce soir. Comme d'habitude, l'humour a été au rendez-vous, ce qui a aidé un peu à surmonter les "bleus" du lendemain des Fêtes! Pas faciles en effet, les "au revoir", pour des parents de 3 grands enfants "en exil" dans 3 coins du Québec à bonne distance de la maison! Surtout après plus d' une semaine passée en leur compagnie; une semaine de bonheur!...
Ce couple de Colombiens est un modèle de courage, des gens simples dont l'histoire pas du tout simple donne le goût de devenir soi-même une meilleure personne. Je résume:
Début-juin 2004. Rafael, un ami colombien devenu depuis mon associé, me confie son angoisse face à une cruelle épreuve qui frappe des membres de sa famille vivant aux États-Unis depuis 13 ans. Ils ont reçu un avis d' extradition vers leur pays d'origine, malgré le danger que cela représenterait pour leur vie. Le type de menaces auxquelles sont confrontés des dizaines de milliers de leurs compatriotes, dans ce pays marqué au fer de la corruption et plus pauvre que jamais depuis le démantèlement des principaux réseaux de narcotraficants.
Fin-juin 2004. Luchita et Luchito arrivent à la frontière de Lacolle. Ayant été incapables de produire le papier qui eût pu leur épargner une déchirante séparation avec leurs enfants, frères et soeurs plus chanceux (pour l' instant), ils ont eu quelques jours pour faire leurs valises et leurs adieux à tout ce qui constituait "leur monde" depuis 13 années: familles, amis, collègues, employeurs. L'univers vient de s' écrouler sur la tête de cette femme et de son époux quinquagénaires, coupables d' avoir omis de produire devant un juge sans pitié, la preuve irréfutable, c' est-à-dire sur papier légal, que leur vie et celle de leurs enfants était bel et bien menacée là-bas en Colombie. Condamnés à sortir à tout jamais de la terre d' asile la plus démocratique au monde... sans considération pour la pureté de leur dossier de citoyens tranquilles, grands travailleurs, bons parents, autonomes. Du maudit bon monde, mais grands pécheurs devant la sacro-sainte loi sur l' immigration.
Juillet 2004 à janvier 2005. Grâce au frère de Luchita, Rafael et à sa famille, les deux "rejets" sont accueillis dans la région du Saguenay, Lac Saint-Jean, Québec. Ils ne connaissent pas un mot de français. Le choc, la tristesse, les a rendus presque muets de toutes façons. Ils passeront ces 6 mois à 6 dans un 5 et demi. Luchita ne connaîtra plus le sommeil. Jamais une plainte ne s' échappera de la bouche de Luchito, mais les yeux de l' un comme de l' autre brilleront d' un éclat à vous briser le coeur!
Janvier 2005 à janvier 2007. Luchita et Luchito se sont peu à peu refait une vie. Elle a retrouvé le sommeil et une relative santé. Ils continuent d' être des citoyens tranquilles, grands travailleurs, autonomes...mais parents, et maintenant grands-parents, amputés de la partie la plus importante de leur vie: leur famille. Le courage, la détermination, leur amour surtout, leur ont permis de survivre à une épreuve inimaginable, imposée au nom de la justice! La grande justice des grands guerriers yankees.
Les anges existeraient-ils, même amputés de leurs ailes?...
Tiens, un bon sujet pour un prochain blogue ça! :)
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